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Parcoursup, itinéraire d’une sélection organisée

Parcoursup, itinéraire d’une sélection organisée

Nous vous avions présenté précédemment l’instauration de la sélection à l’université comme une réforme porteuse d’inégalités, absurde et évitable. Notre focus se concentre à présent sur l’instrument de cette sélection qui ne nous semble pas remonter le niveau : Parcoursup’.

  • De l’angoisse à l’approche du bac…

C’est en toute discrétion que la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, s’est rendue fin mai au lycée Arago de Villeneuve Saint Georges pour « expliquer le système d’attente sur Parcoursup’ ». Il s’agissait de rassurer les élèves du lycée après une première session d’admission de la plate-forme Parcoursup’ particulièrement critiquée.

C’est que les élèves avaient de quoi être inquiets. Le 23 mai 2018, sur les 810 000 lycéens qui avaient émis des vœux, 53,5% avaient reçu une réponse positive (pas forcément pour leur filière préférée), 43% étaient sur liste d’attente (338 551 lycéens !) et 3,5% n’avaient reçu que des réponses négatives. En comparaison, avec le système APB, le 8 juin 2017, sur les 808 740 lycéens qui avaient émis des vœux, 80,7% avaient reçu une réponse positive (dont 49,6% avaient obtenu leur premier choix) et la situation n’était pas réglée « que » pour 19,3% des élèves.

Le Ministère de l’Enseignement supérieur l’affirme : « il n’y aura personne sur le carreau ». Néanmoins, outre le fait que l’instauration de la sélection à l’université compliquera de plus en plus l’accès à certaines filières pour les lycéens, il convient de se demander si ce système d’attente est souhaitable pour eux, notamment dans le cadre de leur préparation au baccalauréat.

A la veille du début du baccalauréat général et technologique, le 15 juin, 22% des candidats de Parcoursup’, soit 177 300 candidats, étaient encore sans proposition.En 2017, avec le système APB, c’était 156 000 candidats (19%) qui étaient sans proposition (mais selon une procédure et un calendrier différent). Frédérique Vidal parlait alors de « chiffres faramineux » et d’un système « à bout de souffle », profitant de l’occasion pour lancer sa réforme de l’accès à l’enseignement supérieur…

  • … au désarroi et à l’abandon à l’approche de la rentrée universitaire

Pourtant, à quelques semaines de la rentrée universitaire, les chiffres se confirment. Sur les 812 050 inscrits au départ sur la plateforme, 66 400 sont encore sans affectation au 10 août. Fin juillet, ils étaient 74 438…  De quoi se décourager.

Mais pour le ministère de l’enseignement supérieur, il ne s’agit que d’un malentendu puisque « seuls 16 300 d’entre d’eux veulent encore s’inscrire via Parcoursup’ et ont ainsi répondu à des propositions d’accompagnement ». Les autres (50 102 candidats tout de même) sont tous simplement considérés comme inactifs par le ministère : « Ils ne se manifestent plus : on leur a envoyé plusieurs messages, et depuis le 7 juillet, lendemain des résultats du bac, ils ne se sont pas manifestés » ! Vraiment ?!

Alors que ces chiffres nous interpellent, les explications nous sidèrent. La remise en cause du système de Parcoursup’ ne semble pas à l’ordre du jour. Cet état de fait tend à confirmer nos craintes : l’instauration d’un système de sélection. 

  • De l’inégalité sociale…

Avant même l’officialisation des résultats, Parcoursup’ présentait un certain nombre de motifs d’inquiétude. Pour chaque candidature, les lycéens étaient tenus de fournir un CV et une lettre de motivation. En ce qui concerne la lettre de motivation, il s’agit d’un exercice comportant des règles particulières et la maîtrise de cet exercice codé n’a rien d’inné pour les lycéens. Si bien qu’on pouvait craindre que les lycéens bénéficiant d’aides particulières (et notamment de parents à l’aise avec cet exercice) soient favorisés par rapport aux autres. Ces craintes se sont confirmées avec le développement de « coachs de Parcousup ‘ », acteurs privés qui monnayent leur expertise pour les candidatures sur Parcoursup’ et qui, notamment, rédigent les lettres de motivation à la place de leurs élèves « clients ». En ce qui concerne le CV, la très grande difficulté pour un lycéen d’accès aux stages ou expériences professionnelles pouvait faire craindre que les élèves disposant de pistons s’en sortent mieux que les autres quant à l’accès à de telles expériences.

  • à l’inégalité territoriale…

Outre la problématique de l’attente d’une réponse pour les élèves, qui ne nous semble pas souhaitable, notamment en vue d’une préparation sereine au baccalauréat, Parcoursup’, par ses résultats, fait l’objet d’autres critiques.

Ces critiques tiennent essentiellement au mode de sélection opéré par la plate-forme. Il y a deux phases de tri pour les candidatures. Tout d’abord, les établissements d’enseignement supérieur opèrent leur propre sélection et classement des élèves (selon des critères discrétionnaires). Puis, la plate-forme Parcoursup’ opère une seconde sélection. Ce second tri repose sur deux critères : un taux de boursiers minimum qu’il faut avoir dans la formation et, en ce qui concerne les universités uniquement, un taux d’admission réduit des personnes qui ne sont pas de l’académie dans la liste. 

La première critique de ces multiples sélections et critères de tris tient à l’absence de transparence pour les lycéens des modes de sélection. Une simple bonne moyenne ne suffit à obtenir son premier choix. Une situation géographique éloignée du lieu de formation pourrait, par exemple, constituer à un motif de rejet de la candidature. Pire, les critères de sélection discrétionnaires des établissements d’enseignement supérieur peuvent être construits de façon à défavoriser les élèves des lycées ayant de moins bons résultats au baccalauréat. Si bien que, in fine, plusieurs professeurs, notamment de l’université Paris-Diderot, ont critiqué un système de sélection qui, par le jeu des quotas, reléguait les excellents élèves banlieusards derrière les lycéens parisiens médiocres. Par exemple, alors que 40% des places offertes en première année de chimie au sein de l’université Paris-Diderot -université prisée dans cette filière- étaient occupées par des lycéens venus de banlieue ou de province en 2017, en 2018, le rectorat, via le logiciel Parcoursup’, n’autorise pas la filière à prendre plus de 3% de bacheliers non parisiens. La sélection selon Parcoursup’, le mérite mais pas trop…  Parcoursup’, creuset des inégalités sociales et territoriales,  va t-il tuer le modèle universitaire français ?

Hh

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