franceinsoumise.vsg@gmail.com

Plan pauvreté : focus sur la « lutte contre la pauvreté » en macronie

Plan pauvreté : focus sur la « lutte contre la pauvreté » en macronie

Le 13 septembre dernier, Emmanuel Macron a détaillé les mesures de sa « stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté », autrement appelée plan pauvreté. L’occasion d’identifier sa vision de la pauvreté et plus largement des politiques sociales.

La lutte contre la pauvreté, une nécessité politique

La pauvreté est une réalité tangible en France. Selon l’Insee en 2016, environ 14% de la population soit près de 9 millions de personnes se situaient sous le seuil de pauvreté. En ce qui concerne les personnes de moins de 18 ans, le taux s’élevait même à 20% de ces personnes sous le seuil de pauvreté.

Dans un pays qui a choisi de faire de la « fraternité » un principe fondateur de son action, inscrit dans la Constitution et sur le fronton des bâtiments publics en tant que composante de la « devise de la République », un tel niveau de pauvreté ne peut laisser indifférent et devrait logiquement être une des priorités des politiques publiques.
Pourtant, pour sa première année de mandat, la macronie s’est inscrite en marge de ces différents constats.

La pauvreté, un sujet tardif en macronie, non dénué d’ambiguïtés

Antérieurement au plan pauvreté, aucune des actions politiques initiées par le gouvernement et le Président de la République ne se réclamait directement de la lutte contre la pauvreté. Cette lutte n’apparaissait tout simplement pas comme une priorité de la macronie, bien davantage attachée à détricoter le code du travail, à imposer la concurrence dans le monde du rail ou encore à diminuer l’imposition des plus riches et du monde financiarisé.

Finalement, la politique de lutte contre la pauvreté du gouvernement se limitait à l’application de la théorie des « premiers de cordée », reformulation inavouée de la théorie du ruissellement selon laquelle l’accroissement du capital des plus riches devrait permettre, in fine, d’assurer un état de suffisance économique pour la société dans son ensemble.

Sauf que cette théorie économique n’a jamais fait la preuve de son efficacité. Pire, les faits tendent au contraire à démontrer qu’un niveau d’inégalités élevé, avec un accroissement de la pauvreté et une concentration des richesses, nuisent au fonctionnement de l’économie. D’une part, une richesse très concentrée tend à être un facteur d’immobilisme de ce capital et donc des forces productives.
D’autre part, la pauvreté tend à diminuer l’état de santé, de formation et de bien-être des êtres humains et donc leur niveau de productivité.

Le thème de la lutte contre la pauvreté dans les politiques gouvernementales a émergé finalement assez tardivement par le biais de petites phrases. Néanmoins, le contenu de ces phrases était ambiguë. Emmanuel Macron et son gouvernement ne semblaient pas tant préoccupés par le niveau élevé de la pauvreté en France que par le coût de la politique de lutte contre cette pauvreté.

Gérald Darmanin, ministre des comptes publics, déclarait ainsi de façon non équivoque le 29 mai dernier qu’il y avait « trop » d’aides sociales en France.

Emmanuel Macron, déclarait quant à lui : « On met trop de pognon, on déresponsabilise et on est dans le curatif. La politique sociale… Regardez : on met un pognon de dingue dans les minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n’en sort pas. Les gens naissent pauvres et restent
pauvres. Ceux qui tombent pauvres restent pauvres… Il faut qu’ils puissent s’en sortir. » Outre les poncifs droitiers habituels (les pauvres ne seraient pas assez responsabilisés), la déclaration était alors tout à fait ambiguë : était-ce l’efficacité des politiques sociales que Macron critiquait ou était ce
leur coût ? Étudier le plan pauvreté peut nous offrir des éléments de réponse.

Mais au préalable deux remarques :

  • D’une part « le pognon de dingue » que représenterait les minimas sociaux est tout à fait contestable. Les dépenses publiques relatives à l’ensemble des minima sociaux atteignent environ 25 milliards d’euros (25,6 milliards en 2015) ; le RSA, si décrié, environ 10
    milliards (10,9 milliards en 2015). C’est finalement peu dans un pays dont la production dépasse les 2 200 milliards d’euros par an et dont le capital avoisine les 12 000 milliards d’euros. Les minima sociaux représentent donc 1,2% du PIB français. Le CICE, crédit d’impôt mis en place sous le quinquennat de Hollande coûte à peu près autant que les
    minima sociaux (environ 25 milliards d’euros) pour une efficacité contestée par les économistes et la Cour des comptes.
  • D’autre part, déclarer « on met un pognon de dingue dans les minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres », c’est faire la preuve d’un manque flagrant de compréhension du rôle des minima sociaux aujourd’hui. Comme leur nom l’indique, ce sont des revenus
    minimums, ils assurent de quoi survivre (et encore…). Concrètement, cela signifie que les minima sociaux n’ont pas été conçus pour permettre aux allocataires de sortir de la pauvreté.
    Le RSA est ainsi d’environ 550 euros pour une personne seule (la somme est dégressive en fonction des revenus dès le 1er euro), somme très largement inférieure au seuil de pauvreté.
    Macron oublie que ce sont des gens comme lui qui ont conçu le RSA : des gens qui avaient peur que les personnes vulnérables qui bénéficient des minima sociaux ne soient désincitées de ce fait à travailler. Cela explique que les personnes de moins de 25 ans n’aient pas accès au RSA (sauf conditions restrictives), il s’agit d’éviter qu’elles ne soient dissuadées d’aller sur le marché du travail au terme de leur scolarité. Ces considérations, bien souvent assises sur des préjugés erronés, vont de pair avec les propos de Macron de « responsabiliser » les allocataires des minima sociaux. Il est donc malaisé de sa part de critiquer un système qui reproduit sa pensée.

Le plan pauvreté : la solidarité non, les économies oui, le tout saupoudré de bricoles de communication

Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, avait affiché la couleur : le plan sera doté de « 8 milliards d’euros répartis sur quatre ans ». Deux milliards par an, moins de 0,1% du PIB, pas de quoi la révolutionner la problématique de la pauvreté en France. En comparaison, la loi de finance
pour 2018 estimait le coût de la suppression de l’ISF à 3,2 milliards par an. Plus pour les riches que pour les pauvres donc…

Mais si les mesures ne sont (presque) pas financières, quelle utilité du plan pauvreté ?

La mesure phare du plan pauvreté, c’est la création d’un « revenu universel d’activité ». Joli coup de com’ sémantique pour charmer l’électorat de gauche attiré notamment par le revenu universel de Benoît Hamon lors de l’élection présidentielle de 2017, la mesure est en réalité plus qu’ambiguë
quant à ses effets et les motivations qu’elle renferme.

Tout d’abord, l’universalité de la mesure est, si ce n’est mensongère, du moins relative : la prestation demeure sous condition de ressources. En réalité, cette mesure consiste essentiellement en une fusion de prestations sociales comprenant au minimum « le RSA, les APL et la prime d’activité ».
Pas plus de détails pour le moment. À budget quasi constant (les 2 milliards par an) et alors que les autres mesures du plan pauvreté impliquent des dépenses nouvelles, peut-être est-il pertinent de s’interroger sur le but de cette mesure.

La « simplification » nous dit-on. Problème, est-ce simplifier le système que de fusionner des prestations qui s’adressent à des publics différents et qui ont des buts différents ? Quelles conséquences de la fusion de prestations aux régimes variés sur le régime de la nouvelle prestation ?
Typiquement, si les allocations logements sont ouvertes aux étudiants alors que le RSA ne leur est accessible qu’à partir de 25 ans, à qui s’adressera la nouvelle mesure ? Si l’on garde en mémoire que la réforme doit avoir lieu à budget quasi constant et que Macron estime que l’on met « un pognon de
dingue dans les minima sociaux », on comprend que la simplification peut être l’opportunité de supprimer un certain nombre d’ouvertures de droits jugées trop coûteuses par le président des riches.
Je suggère aux étudiants et futurs étudiants qui lisent ces lignes de s’interroger sur la faculté qu’ils auront à l’avenir de toucher des allocations logement dans le cadre de leurs études.

Les autres mesures ? Nous sommes dans le cadre d’un plan « pauvreté », il est bien nécessaire d’offrir des éléments de communication à avancer pour défendre le fait que la macronie lutterait contre la pauvreté.

Aussi Macron a annoncé la création d’un « service public de l’insertion » (personne n’y avait pensé ? Demandons peut-être aux départements, chefs de file en la matière et à Pôle emploi ce qu’ils en pensent…), un « accès universel » à la cantine pour les enfants les plus défavorisés « en développant les repas à un euro » dans les petites communes et les quartiers prioritaires, l’ouverture de crèches dans les quartiers prioritaires ou défavorisés (pas spécialement plus que ce qui était prévu avant l’annonce néanmoins, la création de 30 000 places en crèche était déjà prévue dès cet été), l’extension de la couverture maladie universelle complémentaire, etc.

Des mesures, qui individuellement, peuvent parfois sembler aller dans le bon sens (par exemple offrir un meilleur accompagnement aux jeunes de plus de 18 ans dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance) mais qui sont accompagnées de financements bien trop restreints pour pouvoir lutter
efficacement contre la pauvreté. Par exemple, l’ouverture de 30 000 places en crèche, si elle peut apparaître aller dans le bon sens, est bien insuffisante compte tenu des besoins de places supplémentaires estimés à 230 000 par le haut conseil à la famille. De même, on imagine difficilement les départements offrir un meilleur accompagnement aux jeunes adultes isolés dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance alors que ces collectivités doivent, sous contrainte de la politique gouvernementale, opérer des baisses de dépenses publiques conséquentes.

Le plan pauvreté n’est donc pas un plan pour lutter contre la pauvreté. C’est un plan d’encadrement voire de restriction des prestations sociales versées aux personnes pauvres. Il ne s’agit pas de permettre aux gens de sortir de la pauvreté. Certaines mesures pourraient faire penser que l’on cherche à éviter que des personnes tombent dans la pauvreté (par exemple la hausse du nombre de places de crèches pourrait aider les familles monoparentales, particulièrement touchées par la pauvreté), mais la faiblesse des moyens alloués à ces mesures les rend insusceptibles de lutter efficacement contre la pauvreté.

En macronie, c’est d’abord la théorie du ruissellement qui prédomine. Et la perspective de cette théorie, si vous en doutiez, c’est la politique pour les riches. Les autres, eux, ont droit aux restrictions (et parfois aux coups de com’).

Toute critique, aussi bonne soit-elle, n’est pas entièrement constructive si elle ne présente pas des solutions en réponse aux problèmes qu’elle dénonce. Aussi, un second article sera prochainement disponible et visera à décrire nos constats concernant la lutte contre la pauvreté et nos propositions issues notamment de notre programme l’Avenir en Commun.

Pour aller plus loin

 

Aucun commentaire

Ajoutez votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.